“L'esprit Salesien propre aux ADB-ADBS”
Don Morand Wirth, sdb Caen, le 26 mai 2006
L’esprit salésien n’est pas quelque chose de figé, de «préconfectionné», un objet que l’on achète… C’est quelque chose de vital. Il ressemble à l’arbre: racines, tronc, branches, feuilles, fleurs, fruits.
Une réalité vivante
L’esprit salésien est né de l’expérience vécue par Don Bosco: son époque, sa formation, sa découverte de saint François de Sales. Mais l’esprit salésien de Don Bosco a été fortement coloré par sa mission particulière:
- l’éducation: père, frère, ami des jeunes, avec un projet pour eux.
- la communication, la presse en particulier.
- l’apostolat missionnaire: une conquête pacifique aux dimensions du monde.
Son esprit «salésien», il l’a «infusé» dans trois vecteurs institutionnels principaux: les SDB, les FMA et les COOP, mais il l’a communiqué «vitalement» aux ADB-S. Le 17 juillet 1884, Don Bosco disait aux anciens du Valdocco: «Par le nom de salésiens, j’entends désigner tous ceux qui ont été éduqués à l’Oratoire (Saint?François?de?Sales) d’après les principes de ce grand saint. Voilà pourquoi vous êtes tous, vous aussi, des salésiens!»
Après lui, cet esprit a été véhiculé par la «tradition salésienne». Don Rua a enseigné et vécu la fidélité à Don Bosco. Le père G.B. Lemoyne a mis en chantier les 20 volumes des Mémoires biographiques de Don Bosco, tandis que le père Giulio Barberis a écrit son Vade mecum dei giovani salesiani, premier livre de spiritualité salésienne de Don Bosco. Don Albera, premier provincial de France, a tellement bien incarné l’esprit salésien à Marseille que les Marseillais l’ont surnommé «le petit Don Bosco». Don Rinaldi, au début du XXe siècle, est devenu l’animateur et l’organisateur de la Famille salésienne, en particulier des Anciens et des Anciennes Élèves de Don Bosco. Don Ricaldone est l’homme clef de la canonisation de Don Bosco et donc de l’esprit salésien. N’oublions pas non plus les livres du père Ceria, en particulier son Don Bosco avec Dieu. Don Ziggiotti est le Recteur majeur qui a vu et promu une véritable explosion du charisme salésien dans le monde. Mais nous n’oublierons pas que la meilleure attestation et démonstration de l’esprit salésien, c’est la vie des nombreux serviteurs de Dieu, vénérables, bienheureux et saints salésiens. Je pense au Serviteur de Dieu, le père Auguste Arribat, le Saint de la Vallée. Un ancien de La Navarre faisait cette réflexion: «Quand on voit le père Arribat avec des enfants autour de lui, on ferme les yeux et on voit don Bosco tout souriant et plein d’amour pour sauver ces enfants». Un ancien instituteur de l’école publique et professeur de math reconnaissait tout ce qu’il devait à ses qualités de pédagogue, et à ses qualités humaines: «Dès que je suis entré en contact avec les enfants, j’ai fait comme on faisait à l’école Saint-Pierre de Villemur, et derrière tout cela, se trouvait le père Arribat et son équipe, mais plus particulièrement le bon père». Je pense aussi aux saints ou futurs saints laïcs de la Famille salésienne, notamment à Attilio Giordano, grand animateur de l’oratoire, et à Alberto Marvelli, ancien élève.
À partir des années 1960, on assiste à un phénomène nouveau: une actualisation de la tradition salésienne et de son esprit à la lumière du concile Vatican II. Surgissent alors de nouvelles approches de la spiritualité salésienne: le père Stella étudie le contexte historique et la mentalité religieuse de Don Bosco, le père Braido montre que l’esprit de Don Bosco s’incarne dans un faire pédagogique, le père Aubry approfondit la théologie de l’esprit salésien, le père Desramaut le situe dans l’histoire de la spiritualité. Les Supérieurs salésiens, quant à eux, ne restent pas inactifs. Don Ricceri pilote dans un contexte difficile le changement dans la fidélité: «Con Don Bosco e coi tempi».
Don Vigano transmet à la Famille salésienne tous les apports du concile Vatican II relu à la lumière du charisme de Don Bosco. Le Chapitre général spécial des SDB en 1972 redit en termes neufs le spécifique de l’esprit salésien: l’ardeur juvénile et la passion apostolique, son inspiration évangélique, l’option pour les pauvres et les petits, la méthode du Bon Pasteur, la recherche de l’unité par l’amitié, le travail et le renoncement, la créativité et la souplesse, le sens de la croissance et de l’unité de l’Église, l’amorevolezza, l’esprit de famille, l’optimisme et la joie, la prière simple et vitale, la dimension sacramentelle, la confiance spéciale en Marie.
En 1990, le XXIIIe chapitre général a formulé en cinq points les caractéristiques de la spiritualité salésienne pour les jeunes: l’importance accordée au vécu quotidien, la joie et l’optimisme, l’amitié avec le Seigneur Jésus, la communion ecclésiale, et le service responsable. Le même travail d’aggiornamento a été réalisé «au féminin» par nos sœurs de l’Institut des Filles de Marie-Auxiliatrice, en particulier à Rome à la Faculté des Sciences de l’éducation Auxilium et à la Maison de spiritualité Madre Canta, et au pays de sainte Marie-Dominique Mazzarello où a pris corps le «Projet Mornèse».
À la fin du XXe siècle et au début de ce siècle, Don Vecchi a élaboré la spiritualité de l’éducateur salésien (spiritualité pédagogique). Don Pascual Chávez insiste sur la primauté de Dieu dans notre vie et sur la passion apostolique du cœur salésien (Da mihi animas). De nouvelles approches voient le jour avec Thévenot (pédagogie dans la transmission des valeurs morales) et Jean-Marie Petitclerc (la préoccupation des marginalisés de la société, des jeunes des banlieues). La spiritualité salésienne n’est pas figée. Elle a une histoire, qui continue. Mais quel est l’esprit salésien propre aux ADB-S?
I. Reconnaissance
Mémoire
La reconnaissance est la mémoire du cœur, disait Hans Christian Andersen, le célèbre auteur des Contes. On devient ancien de don Bosco parce qu’on aime se souvenir. La mémoire est une faculté de l’esprit qui suscite l’admiration. François de Sales la comparait à un magasin «qui vaut plus que tous ceux d’Anvers ou de Venise». Ne dit-on pas «emmagasiner» dans sa mémoire? La mémoire, écrivait-il, est un don de Dieu: Dieu vous l’a donnée, dit-il à Philothée, «pour vous souvenir de lui», l’invitant à fuir les «souvenirs détestables et frivoles» et à prendre la résolution suivante: «Ma mémoire se remplira tous les jours de ma vie de la grandeur de votre débonnaireté».
Cette faculté de l’esprit humain a besoin d’entraînement. Ne dit-on pas «faire mémoire», ou même parfois «faire travailler sa mémoire»? Quand deux anciens ou anciennes se rencontrent après des années, il n’est pas rare d’entendre dans leurs conversations cette question: «Tu te souviens d’un tel, tu te souviens de cet événement»?
Quand il s’adressait aux anciens de La Navarre en 1933, et à ceux de Morges en 1935, le père Arribat leur faisait faire un « travail de mémoire» en leur disant: «Ah! belle période que celle du jeune age, libre de tout souci et de toute responsabilité; elle va au jour le jour, insouciante, joyeuse et gaie. Tel l’oiseau au retour du printemps qui, ayant à souhait le soleil, l’ombrage, la nourriture et la liberté, il est persuadé que l’immensité de l’espace et l’univers entier lui appartiennent. Tel est le jeune age aujourd’hui, tel fut le nôtre: rappelons-nous!»
Mais attention! La mémoire du passé n’est pas toujours bonne, elle peut conduire à la rancœur, au ressentiment, voire au désir de vengeance. En certaines circonstances exceptionnelles de la vie, il «la faut purger de la souvenance des choses caduques et affaires mondaines», oublier pour un temps les choses matérielles et temporelles, quoique bonnes et utiles». Dans le domaine moral, et pour exercer les vertus, la personne qui s’est sentie offensée prendra une mesure radicale: «J’ai trop de mémoire des piques et injures, je la perdrai dorénavant». Il s’agit d’oubli volontaire, une mesure négative qui me prépare à «parer la mémoire d’une sainte souvenance de tous les bienfaits dont Dieu nous a gratifiés». Même chez un ADB-S: une certaine purification de la mémoire peut s’avérer nécessaire.
Reconnaissance
L’histoire nous apprend que le mouvement ADB-S a commencé par un travail de mémoire et une manifestation de reconnaissance. On a pu, non sans raison, faire remonter le mouvement des anciens élèves jusqu’en 1870. Cette année?là en effet, pour le 24 juin, une douzaine d’anciens de Turin décidèrent de participer à la fête. Ils choisirent Carlo Gastini comme porte?parole de leur groupe et le chargèrent d’offrir à Don Bosco leurs vœux et un service à café. Pour celui?ci, ce fut une agréable surprise.
Après la mort de don Bosco en 1888, les anciens revinrent très nombreux dans les maisons salésiennes pour y rappeler avec leurs éducateurs le souvenir du fondateur. Et chaque année on continuait à célébrer au Valdocco la fête du mois de juin. Intitulée «Démonstration filiale à la mémoire de don Bosco», elle voulait associer dans le même hommage de reconnaissance le fondateur des Salésiens et son successeur don Rua. Dès 1889 la reconnaissance se concrétisa par la pose d’une plaque commémorative aux Becchi, près du lieu où naquit Jean Bosco, et en 1898 à l’inauguration du monument élevé en l’honneur du fondateur des salésiens à Castelnuovo d’Asti. Plus près de nous, l’AEC fondée par des ADB de France a voulu donner à un de ses villages de vacances le nom des Becchi. Et on pourrait citer bien d’autres réalisations, sans oublier les bulletins des associations, toujours pleins de «mémoire» et de reconnaissance.
En ce concerne les anciennes élèves, on peut faire remonter l’origine de leur mouvement à l’année 1881, quand les anciennes de Mornese participèrent à la messe célébrée le trentième jour après le décès de mère Mazzarello. Le premier «Comité d’anciennes élèves» fut organisé en 1897 à Nizza Monferrato pour le vingt-cinquième anniversaire de la fondation de l’Institut des Filles de Marie-Auxiliatrice.
Au-delà de Don Bosco, de Mère Mazzarello et de nos éducateurs salésiens, notre reconnaissance, si nous y pensons bien, doit remonter jusqu’à Dieu, auteur de tout bien. Vous vous rappelez peut-être la prière qu’on nous faisait réciter matin et soir dans les maisons salésiennes: Je vous adore o mon Dieu, et je vous remercie de tout mon cœur de m’avoir créé, de m’avoir fait chrétien... ajoutons: et de m’avoir fait connaître don Bosco et une de ses œuvres.
II Amitié
Le goût salésien de l’amitié
Accueillant ses anciens de La Navarre en 1933, le père Arribat les appelait «mes amis, mes bien chers amis». Nos associations sont des réunions d’amis, des amicales. Je sais bien que toute la vie d’une association ADB-S ne se réduit pas à un club d’amis qui aiment se retrouver et rien d’autre. Cependant en valorisant et en goûtant les joies de l’amitié, nous sommes bien dans le climat salésien, dans l’esprit salésien, celui de François de Sales et de don Bosco. Ceux d’entre nous qui ont étudié la littérature française se souviennent sans doute de l’amitié qui unissait Montaigne et Étienne de La Boétie: «Nous étions à moitié de tout», écrivait l’auteur des Essais, «n’étant qu’une âme en deux corps, selon la très propre définition d’Aristote»; «si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant: Parce que c’était lui, parce que c’était moi». Qu’un ami véritable est une douce chose!
Les humanistes au temps de saint François de Sales avaient le goût de l’amitié. Il avait certainement lu le De amicitia de Cicéron. L’expression d’Horace appelant Virgile «la moitié de mon âme» (animae dimidium meae) lui revenait en mémoire. Les amitiés de saint François de Sales sont célèbres, notamment avec Antoine Favre et Jeanne de Chantal. C’est dans une lettre de son ami Antoine Favre, datée du 2 septembre 1594, que l’on trouve – en latin – peut-être pour la première fois les appellations de salesii et de salesiani, mais aussi «à ceux de Sales et à tous les salésiens».)
Quant à Don Bosco, nous connaissons ses amitiés de jeunesse avec le jeune juif Jonas, avec Comollo, avec Fleury et Sophie Colle de Toulon. On ne saurait oublier les amis de Dominique Savio.
De l’amitié à l’amicale
C’est de l’amitié que naît le goût de la vie associative. L’association amicale, c’est l’institution au service de l’amitié, ou si vous préférez, du charisme.
L’histoire des ADB-S est l’histoire d’une amitié qui n’a cessé de grandir et dont l’organisation s’est affirmée au fil des ans, partant du niveau local, arrivant au niveau des fédérations nationales et culminant au niveau international et mondial. Dès 1871, quarante?cinq anciens participèrent à la fête annuelle de Don Bosco. En 1875, des anciens fondèrent une société de musique qui donna son premier concert, sous l’impulsion de Gastini, en l’honneur de Don Bosco. Ne voulant pas être en reste de politesse, celui?ci les invita chaque année à partir de 1876 à une réunion de famille autour de sa table. Le grand moment de ces repas était le brindisi (toast) de Don Bosco, toujours plein d’humour et de bons conseils. Au cours d’une de ces réunions, le 13 juillet 1884, Don Bosco prononça des paroles significatives pour l’avenir du mouvement: «Vous étiez un petit troupeau. II a grandi, il a beaucoup grandi, mais il se multipliera encore. Vous serez la lumière qui resplendira au milieu du monde».
L’association internationale des Anciens naquit en 1908, sous l’impulsion de Don Rinaldi. On peut en dire autant des anciennes élèves des Filles de Marie-Auxiliatrice, qui commençèrent à s’organiser à partir d’un groupe issu de l’Oratoire féminin de Turin-Valdocco, animé par don Filippo Rinaldi et par sœur Caterina Arrighi. Le premier règlement des Anciennes élèves définissait ainsi les buts de l’association: «1) garder le souvenir vivant des années passées à l’Oratoire en s’encourageant mutuellement à persévérer dans les bons principes, même dans la nouvelle condition de mères de famille; 2) assister moralement les compagnes qui se marient, dans les tâches difficiles d’une nouvelle famille; 3) visiter les anciennes compagnes quand elles tombent malades, et leur fournir l’appui dont elles ont besoin, dans la mesure du possible».
Le premier Congrès international des anciens élèves de Don Bosco se réunit à Turin du 8 au 10 septembre 1911. «Ce congrès, disait un journal de l’époque, représente un fait nouveau dans l’histoire de la pédagogie». De fait, on dénombra près de mille participants, et, parmi eux des représentants de vingt?deux nations. La même année eut lieu à Turin le premier Congrès international des Anciennes Élèves. Comme thème des débats on avait choisi de chercher les moyens pour diffuser dans la famille et dans la société l’esprit de don Bosco, spécialement en ce qui concernait l’éducation de la jeunesse.
Un second congrès international était prévu en 1915 pour le centenaire de la naissance de don Bosco et de l’institution de la fête de Marie Auxiliatrice, mais la guerre brisa l’initiative. À la fin de la guerre, le second Congrès international fut convoqué à Turin ne 1920 en même temps que celui des Anciennes Élèves et celui des Coopérateurs, tous réunis à Turin pour l’inauguration du monument à Don Bosco, devant le sanctuaire de Marie-Auxiliatrice. Les participants furent plus d’un millier. On fixa la composition du bureau de la présidence comme suit: deux Italiens, un Français, un Espagnol et un Allemand.
Avec le développement rapide de nombreuses fédérations nationales dans le monde, on parvint dans les années 1950 à la création de deux Confédérations mondiales: celles des Anciens et celle des Anciennes élèves de Don Bosco. Belle histoire que le développement de ces grandes organisations mondiales!
III. Dynamisme
L’optimisme et la joie salésienne
Pour désigner l’attitude d’esprit qui caractérise l’esprit salésien tout court, il est devenu courant de parler de son «optimisme». Ce n’est pas un optimisme béat. Le cardinal Decourtray, quand il était archevêque de Lyon en 1988, nous disait que la joie chez Don Bosco n’était pas une joie banale, mais une joie pascale. Elle jaillit de la conviction, mieux de la foi, que le monde est déjà sauvé, et que le bien triomphera à la fin sur tout le mal qui est dans ce monde.
Le reproche le plus fréquent que l’on fait à la dévotion, disait saint François de Sales, est bien connu: «Le monde, ma chère Philothée, diffame tant qu’il peut la sainte dévotion, dépeignant les personnes dévotes avec un visage fâcheux, triste et chagrin, et publiant que la dévotion donne des humeurs mélancoliques et insupportables». En proposant à un jeune homme qui entrait en carrière l’exemple de saint Louis, il lui montrait que ce saint était «de bonne humeur» et que ce roi savait «rire aimablement aux occasions».
Nombreuses sont les invitations à la joie: «Sta allegro», disait Don Bosco à ses jeunes. Bien avant lui, les appels à la joie parsèment les lettres et les écrits de François de Sales, son modèle: «Vivez joyeuse tant que vous pourrez»; «soyez toujours joyeuse»; «ne vous relâchez nullement aux tristesses»; «vivez en paix et joyeuse, ou au moins contente»; «réveillez souventefois en vous l’esprit de joie et de suavité»; «vivons ainsi en ce petit pèlerinage, joyeusement selon le gré de nos hôtes, en tout ce qui n’est pas péché»; «conservez la sainte gaieté cordiale, qui nourrit les forces de l’esprit et édifie le prochain»; «conservez un esprit d’une sainte joie qui, modestement répandue sur vos actions et paroles, donne de la consolation aux gens de bien qui vous verront» ; «vivez toute gaie devant Dieu».
Pourquoi toujours chercher toujours ce qui ne va pas ? Demandait l’évêque de Genève. C’est un fait que lorsque l’esprit de contradiction devient systématique, rien ne va plus. D’où ce reproche aux «frères rebelles», les calvinistes: «Vous me contraignez de dire que vous cherchez les cloaques et les voiries au lieu des jardins et des vergers». La réalité nous afflige ? «Il faut donner passage aux afflictions dedans notre cœur, mais il ne faut pas leur permettre d’y séjourner». Le monde va mal? Faut-il imiter les Israélites «qui ne purent chanter à Babylone parce qu’ils pensaient à leur pays»? Moi, dit François de Sales, «je voudrais que nous chantassions partout».
Participer au projet éducatif et pastoral salésien de Don Bosco
L’optimisme salésien est réaliste, mais c’est un réalisme actif, et non inerte. Il y a du bien à faire partout et l’ADB-S veut y apporter sa part là où il est.
Le père Arribat disait à ses anciens: «Au souvenir de ces années d’inoubliables souvenirs, pleines de jeux innocents, nous revient invariablement cette affirmation convaincue, parce que souverainement vraie: Oh! C’était le bon temps celui-là! Mais il est passé, parce que tout passe en ce monde, mais il a fui, et de cette période heureuse de l’enfance, nous sommes passés dans la jeunesse et la virilité pour en endosser les tracas. Or l’école voudrait faire des hommes, et Don Bosco brûlait d’en former. […] Qu’est-ce donc qu’être homme ? C’est faire comme Dieu lui-même: c’est agir, c’est prendre des responsabilités et sagement de ne pas avoir peur d’en prendre». il disait aussi: «Soyons et restons quelque chose de plus, soyons des chrétiens, de vrais chrétiens. […] Les vrais chrétiens sont ceux qui croient et qui traduisent leurs croyances en vertus courageuses et non pas en vies paresseuses et stériles, qui sont un démenti de tous les jours à leur foi». Il concluait sur ces fortes paroles: « C’est parce que vous étés tout cela que nous nous trouvons réunis en cette assemblée. Eh bien! petit groupe en face des grandes masses, n’oublions pas que ce qui mène le monde, ce sont les minorités».
L’ADB-ADBS essaye de fleurir là où il est, selon le projet de Don Bosco. Or, ce projet est vaste, ambitieux même, dépassant les forces d’une seule personne. Mais chacun est appelé à y participer, selon sa condition, selon ses forces. L’ADB-S est particulièrement bien placé pour comprendre ce projet et y apporter sa pierre.
J’aimerais vous présenter brièvement ce projet en me servant de l’image de la pyramide, mais d’une pyramide qui se construit en partant de la base. En remontant de bas en haut, nous rencontrons 5 partenaires appelés à travailler en synergie, 4 modules à réaliser, 3 leviers pour la construction de la personne, 2 objectifs à viser et 1 seul but qui unifie le tout.
Les cinq partenaires travaillant en synergie: le jeune, la famille, l’Église, la Famille Salésienne et la société. Le moteur qui anime cette synergie est l’amour qui unit pour faire ensemble quelque chose en faveur de notre prochain, surtout de celui qui est davantage dans le besoin. Dans sa première encyclique Deus caritas est, Benoît XVI a rafraîchi notre mémoire sur ce point en développant dans la deuxième partie le thème du «service de la charité», qui suppose la recherche de la justice, tout en gardant son caractère spécifique et spécifiquement chrétien. «Il n’existe aucun ordre social juste qui puisse rendre superflu le service de l’amour», dit le pape.
Il y a quatre modules à réaliser: une maison qui accueille, une école qui prépare à la vie, une Église qui évangélise et une cour de récréation pour vivre dans la joie.
Les leviers de l’éducation salésienne sont au nombre de trois: raison, religion et affection.
Les objectifs à viser sont au nombre de deux: former de «bons chrétiens et former d’honnêtes citoyens.
Il n’y a qu’un seul but en tout cela: le bonheur du jeune. «Je n’ai qu’un seul désir, écrivait Don Bosco dans sa fameuse lettre de Rome du 10 mai 1884, c’est celui de vous voir heureux dans ce temps-ci et dans l’éternité». Don Bosco disait aussi que son but était le salut de la jeunesse, qui est la condition du bonheur. Comme le bonheur s’identifie avec la possession du bien suprême qui est Dieu, on dira aussi que unique but est d’aimer et de servir Dieu.

Conclusion
En reprenant les trois dimensions de l’esprit salésien propre aux ADB-S, à savoir la reconnaissance, l’amitié et le dynamisme, nous pouvons sans difficulté y discerner les trois attitudes fondamentales que le chrétien cherche à vivre: la reconnaissance pour ce qui nous a été donné de vivre renvoie à la vertu de la foi. L’amitié que nous cherchons à vivre dans nos associations, dans les congrès et dans la vie de tous les jours devient pour le chrétien charité, amour. Quant au dynamisme, qui est le mot d’ordre de ce congrès national, il sera merveilleusement renforcé s’il est animé par l’espérance.
Qui ne connaît l’émerveillement de Charles Péguy devant l’espérance, dans Le Porche du mystère de la deuxième vertu.
L'espérance
La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance.
La foi, ça ne m'étonne pas, ça n'est pas étonnant.
J'éclate tellement dans ma création.
Mais l'espérance, dit Dieu, voilà ce qui m'étonne. Ça c'est étonnant, que ces pauvres enfants voient comment tout ça se passe
et qu'ils croient que demain ça ira mieux, qu'ils voient comment ça se passe aujourd'hui et qu'ils croient que ça ira mieux demain matin. Ça c'est étonnant et c'est bien la plus grande merveille de notre grâce.
Et j'en suis étonné moi-même.
Il faut, en effet, que ma grâce soit d'une force incroyable, et qu'elle coule d'une source et comme un fleuve inépuisable.
La petite espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs, et on ne prend seulement pas garde à elle. Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses deux sœurs, la petite espérance s'avance.
C'est elle, cette petite, qui entraîne tout.
Car la foi ne voit que ce qui est,
Et elle, elle voit ce qui sera.
La charité n'aime que ce qui est,
Et elle, elle voit ce qui sera.
La foi voit ce qui est dans le temps et l'éternité.
L'espérance voit ce qui sera dans le temps et l'éternité.
Pour ainsi dire dans le futur de l'éternité même. |