“Le dynamisme salesien chez les ADB”
Suor Nadia Aidjian, fma Caen, le 27 mai 2006
INTRODUCTION: D’où je parle?
1. Ce que je vois et entends chez les ADB/S Quelques constats
2. Le DYNAMISME SALESIEN chez les ADB/S Vous avez dit «dynamisme»? Le «dynamisme salésien» d’où provient-il?
3. Les leviers du dynamisme salésien chez les ADB/S. Dans un monde en mutation, une attention particulière aux jeunes, surtout les plus démunis, nous met en attitude d’écoute et d’accueil de la différence. Dans un monde en mutation, le respect et la promotion de la personne humaine, dans toutes ses dimensions, nous permettent de collaborer à changer la société par l’éducation.
Trois dimensions prioritaires:
1. l’école – la formation professionnelle – le travail
2. la famille
3. la recherche du spirituel, le sens de Dieu.
4. Le projet de Don Bosco: Préparer «d’honnêtes citoyens et de bons chrétiens» - la pédagogie du projet.
CONCLUSION: Etre des témoins pour transmettre.
D’où je parle?
Comme je le dis souvent, je suis tombée dans la marmite de la potion magique salésienne à l’âge de trois ans… Elève, ancienne élève, religieuse salésienne… j’ai grandi plongée dans l’histoire de la famille salésienne de France et mes nombreux déplacements, surtout en Europe et en Tunisie, en tant que provinciale, m’ont permis de découvrir des visages divers de cette famille devenue «notre famille»
Une lacune, sans doute! Je connais davantage les anciens élèves des maisons des soeurs salésiennes et beaucoup moins ceux des salésiens…. Vous me pardonnerez! Mais les réalités sont, je pense, les mêmes pour tous.
1 - Ce que je vois et j’entends des ADB/S?
Quelques constats:
1 - Quand je regarde les associations d’anciens et anciennes élèves, je me dis parfois: «Où sont-ils? Où sont –elles?» Quelques dizaines, par-ci, par-là … et ce sont toujours les mêmes qu’on voit partout! J’aurais presque envie de dire en parodiant l’Evangile – avec beaucoup de respect, rassurez-vous!: «Et les autres, où sont-ils ? N’ont-ils pas reçu la même éducation ? N’ont-ils pas goûté au même esprit de famille ?»
Mais quand, dans les divers lieux de la vie sociale, économique, éducative… dans un hall de gare ou d’aéroport, un milieu hospitalier ou une administration, il y a quelqu’un qui me dit «Ah! Don Bosco! Moi, je suis un ancien de, une ancienne élève de… j’ai eu de la chance, c’est grâce à Don Bosco que j’ai grandi, que je suis devenu un homme, une femme, debout, heureux, que j’ai un métier, que j’ai pu construire une famille… Et qu’est devenu le Père… sœur… M. ou Mme… professeur de… ?» Quand je reçois un coup de fil ou une lettre de l’autre bout de la planète, d’un ancien ou d’une ancienne élève, qui nous en a fait voir de toutes les couleurs et qui, après 30 ou 40 ans, se manifeste parce qu’il ressent le besoin de retrouver les racines de sa jeunesse… alors je touche du doigt que la famille de Don Bosco n’est pas une utopie.
Et pour ce seul ancien ou cette seule ancienne élève, je me réjouis, je rends grâce au Seigneur… et je me dis que ça vaut la peine d’avoir donné sa vie pour les jeunes, d’avoir passé du temps pour eux… d’avoir eu beaucoup de patience et d’espérance, et d’avoir fait confiance envers et contre tout.
2 - Les anciens élèves reviennent dans leur «maison» tout de suite après leur sortie. Ils viennent chercher leur diplôme, boire un petit coup! Au moment de la rentrée scolaire suivant leur départ, ils affluent tout heureux de revoir l’équipe éducative, les copains qui sont encore en classe. Puis ils sont happés par la vie, leurs études, leur formation professionnelle, leur choix de vie… et pendant quelques années, ils disparaissent du paysage! Et puis, quand la vie a fait son œuvre, quand ils arrivent à l’âge mûr, une certaine nostalgie les fait retourner sur le lieu de leur enfance et de leur jeunesse. Alors ils amènent conjoint et enfants et sont heureux de faire visiter la maison où ils ont vécu, de raconter les fredaines et les exploits de leur jeunesse… de rappeler le souvenir de tel père, telle soeur, tel professeur ou éducateur qui les ont marqués…
3 – Le nombre de SDB et de FMA dans nos maisons a beaucoup baissé ces dernières années, voire disparu, à cause du manque de vocations religieuses.
Les postes de direction, de cadre éducatif, de pastorale et autres ont été confiés à des laïcs. Certains de ces laïcs continuent, dans la même ligne salésienne, la tâche d’éducation et d’évangélisation. D’autres ont tout à découvrir… Certains chefs d’établissement sont heureux de pouvoir s’appuyer sur un groupe d’anciens et anciennes élèves, généreux et motivés, qui sont le garant de l’esprit de Don Bosco et veulent transmettre l’héritage éducatif qu’ils ont reçu.
4 - Dans l’ensemble, tous nous déplorons que peu d’anciens élèves s’engagent dans les associations en tant que membres actifs.
Je me suis posé la question à maintes reprises, pourquoi ?
Les jeunes générations n’ont plus envie de se retrouver autour d’une tasse de thé ou d’un bon repas! Pour se rencontrer, ils ont d’autres lieux et d’autres centres d’intérêt.
Et j’ai regardé les associations, certaines semblaient pendant un certain temps moribondes, et je les ai vu retrouver un nombre assez conséquent d’adhérents et devenir des associations actives et vivantes. En fait, il avait suffi de la volonté et de la foi d’un petit groupe d’anciens qui a osé lancer un projet nouveau, mobilisateur et dynamiser toute une équipe.
Certes, nous connaissons les grandes réalisations de la JUDB, de l’AEC etc.…
Mais il y a, çà et là, des humbles réalisations dont personne ne parle:
- Dans telle association, des anciens et anciennes élèves ont créé un bureau d’accompagnement pour les jeunes promotions à la recherche d’un premier emploi.
- Dans une autre, une page WEB permet aux anciens de se retrouver, d’échanger, de s’entraider.
- Ailleurs, des anciens élèves ont formé un groupe VIDES (Volontariat salésien) avec de jeunes volontaires… ou une association d’aide à l’Afrique…
- D’autres animent des journées de fête, de kermesse, des forums de métiers etc.
- Ici un groupe d’anciennes élèves est engagé dans une association qui visite les enfants malades à l’hôpital. Là, c’est une équipe de visiteurs de prison… Ailleurs c’est une équipe d’animation d’aumônerie de l’enseignement public ou de la catéchèse en paroisse…
On pourrait allonger la liste… Ou, il y a du «dynamisme» chez les anciens élèves de Don Bosco!
2. Vous avez dit «dynamisme»
Qu’est-ce que le «dynamisme» ?
L’encyclopédie française, nous dit qu’en philosophie, le dynamisme est une doctrine qui attribue le mouvement de la matière à des forces immanentes et non à une certaine action extérieure et mécanique.
Le dynamisme est une capacité de se mettre en mouvement. Ses synonymes sont: force, énergie. Son antonyme est inertie.
Le dynamisme est aussi une capacité de réagir, de s’adapter aux choses et aux événements. Son synonyme est vitalité. Son antonyme est apathie.
En fait le dynamisme est une puissance d’action et donc d’efficacité.
· Et quand on pose la question «Le dynamisme salésien chez les ADB /ADBS» qu’est-ce que cela signifie ?
Cela signifie que le dynamisme des anciens élèves ne provient pas d’une force extérieure mais des forces immanentes présentes en chaque ancien et ancienne élève. Et cette force immanente, quelle est-elle ? C’est la force du charisme que Don Bosco et de M. Dominique, ont reçu de l’Esprit saint, qui nous a été transmis durant nos années d’éducation et qui nous donne un style de vie, une manière d’être et de vivre personnellement, en société, en famille et qui a fait germer et grandir en nous la passion éducative pour les jeunes, surtout les plus défavorisés, les plus démunis devant la vie…
Chaque ADB/S – de par l’éducation reçue - possède en lui, en elle, la richesse du charisme de Don Bosco et de M. Dominique, charisme qui a grandi en lui au fil des années, auquel il a adhéré et qui est devenu force, énergie, vitalité, puissance d’action, efficacité. Et de ce fait les ADB/S font partie intégrante de la Famille salésienne. Ce charisme salésien, nous l’avons tous en nous quelles que soient notre profession, notre engagement, notre vocation dans la société et l’Eglise. Enfin le fait d’être là, à ce congrès des ADB/ADBS démontre bien que ce patrimoine reçu durant notre jeunesse est un héritage auquel nous tenons et qui nous fait vivre, de nous rendre heureux, qu’il nous donne la capacité de nous mettre en mouvement, de réagir, de nous adapter aux choses et aux événements de la vie.
Il nous permet de regarder le monde et les jeunes d’aujourd’hui avec un regard neuf. Et même si nous déplorons certaines situations ou certaines réactions de tel ou tel groupe de jeunes, nous nous rappelons la phrase de Don Bosco: «Le salésien ne gémit jamais sur son temps»
En tant que «famille salésienne », nous avons en nous un potentiel extraordinaire, à l’échelle planétaire, capable de soulever les montagnes… Mais en sommes-nous conscients et avons-nous toujours foi en nos richesses ?
Nous savons que les associations d'anciens remontent au temps de Don Bosco. Au Valdocco, dès 1870, un groupe d’anciens se forme autour de Don Bosco, en 1881, un groupe d’anciennes élèves avec les FMA. Aujourd’hui dans le monde entier des centaines et des centaines de milliers d’anciens et anciennes élèves se réclament de l’éducation salésienne. Quel mouvement extraordinaire! Mais il ne suffit pas d'avoir "fréquenté" une "oeuvre salésienne", pour être ADB/S, il faut un minimum de connaissance et surtout il faut vivre du dynamisme des valeurs salésiennes.
3 - Quels sont les leviers de ce dynamisme salésien pour le monde d’aujourd’hui ?
1. Dans un monde en mutation, une attention particulière aux jeunes, surtout les plus démunis, nous met en attitude d’écoute et d’accueil de la différence.
Don Bosco et M. Dominique ont pu, avec l’Esprit Saint, donner naissance à un nouveau charisme dans la société et l’Eglise, parce qu’ils ont regardé et accueilli avec une attention, une écoute et un amour particuliers les jeunes de leur temps, surtout les plus démunis devant la vie.. Pensons à la rencontre de Don Bosco avec Barthélemy Garelli ou avec M. Magon et même avec Dominique Savio ou François Besucco!
Nous aussi, quel que soit notre âge ou notre situation, nous sommes en contact avec les jeunes et nous savons que les jeunes sont la société et l’Eglise de demain…
Et nous sommes conscients que le dynamisme salésien ne peut se vivre qu’à partir des jeunes, avec et pour les jeunes. Jetons un regard, rapide certes, sur les jeunes que nous rencontrons aujourd’hui.
Le monde a changé, un monde nouveau est en train de naître… Les jeunes qui se trouvent dans nos maisons salésiennes sont les anciens élèves de demain, mais ils ne sont plus ce que nous étions hier.
Si en 1970, l’adolescence commençait à peu près en 4ème, autour de 14-15 ans, et se terminait vers 20 ans. Aujourd’hui, nos petits CM2 entrent déjà à 10-11 ans, dans cette période délicate de la vie et n’en sortiront qu’à l’âge de 25 ans, voire de 30 ans. On parle même d’ «adulescence»
Aujourd’hui, certains jeunes – et non pas tous- dans nos maisons salésiennes arrivent en situation d’échec scolaire, sans énergie et sans volonté de s’en sortir, en rupture familiale et donc affective, avec des comportements agressifs, asociaux, parfois inquiétants. Ils arrivent de pays et de milieux culturels et religieux très divers. Chez beaucoup on rencontre un réel manque d’ouverture spirituelle. Ils affichent un athéisme parfois arrogant… Certains sont davantage marqués par une «culture de mort» que par une culture de la vie et de l’amour. Ils sont en quelque sorte les «petits frères» des jeunes que Don Bosco et que nos premières soeurs salésiennes rencontraient à Porta Palazzo, dans cette grande ville de Turin, en pleine expansion industrielle…
Ces jeunes, en mal de vivre, n’ont jamais été affrontés à l’effort pour réussir, ils sont persuadés qu’ils ne trouveront pas de travail à la sortie du lycée ou du centre de formation professionnelle, que leur vie n’a aucun sens, qu’ils sont socialement inutiles. Alors pour eux ce qui compte c’est de vivre l’ «ici et maintenant» en faisant seulement ce qui leur plait. Ils agissent sans réfléchir sur le registre du «j’ai envie, je fais ; je n’ai pas envie, je ne fais pas» Ils veulent «profiter de la vie», en se donnant des apparences pour «paraître», (exemple : les vêtements de marque) Il faut être comme et mieux encore que les copains... en cherchant des ersatz, des compensations de bonheur à l’angoisse qui les étreint devant la vie: drogue, plaisir sexuel, alcoolisme… en manifestant leur désir d’exister d’une façon agressive, sauvage, violente… en se détruisant et en détruisant leur environnement…des voitures aux écoles maternelles (les derniers événements des banlieues nous ont quand même interpellés! Pourquoi brûler les écoles maternelles ? N’est-ce pas un moyen pour supprimer ce qui a commencé à être le lieu de marginalisation, d’échec, de manque de reconnaissance )… en se réfugiant dans un monde virtuel offert par l’ordinateur ou les jeux vidéo…
Blessés dans leur cœur, parfois dans leur corps, ils ont pourtant une très grande sensibilité affective. Ils ont un fort besoin d’être reconnus et aimés mais ils se cachent sous une carapace d’agressivité. Souvent ils portent en eux des élans de générosité qu’ils ne savent pas comment exprimer.
Tout le travail d’éducation va consister à les approcher et les accueillir tels qu’ils sont, à les aider à apprendre autant le b.a.ba de la vie sociale que parfois le b.a. ba de la lecture, de l’écriture, du calcul. Il est tout d’abord indispensable de les «apprivoiser», de les aider à relire leur histoire pour les aider à comprendre la spirale d’échec dans laquelle ils se trouvent et à construire lentement leur personnalité, à sortir du monde agressif et/ou virtuel dans lequel ils se sont réfugiés, à assumer leur identité culturelle et religieuse (s’ils en ont une), à trouver les valeurs humaines fondamentales qui peuvent les faire vivre, à se situer face à l’autorité, à faire l’apprentissage de la vie en société, à aller jusqu’au bout d’une formation et les accompagner pour qu’ils puissent entrevoir un horizon, un avenir et pouvoir s’y projeter.
Il est plus que nécessaire de leur donner la possibilité de sortir de leurs cités, de leurs villes, d’aller plus loin, de devenir «mobiles» A certains, il sera possible de proposer des actions humanitaires, de s’ouvrir à des valeurs comme le silence, l’intériorité, et la prière… En un mot, tout le travail d’éducation consiste à ouvrir un chemin d’humanisation qui deviendra peu à peu chemin d’évangélisation. Et nous savons bien que la mission salésienne se résume en ces quatre mots: «Eduquer en évangélisant et évangéliser en éduquant»
A côté de ces jeunes, il y en a d’autres qui ont été davantage gâtés par la vie, qui ont la chance de vivre dans une famille où l’on s’aime, où l’on se respecte, où l’on est heureux. Certains ont des capacités intellectuelles ou manuelles qui leur permettent de regarder peut-être l’avenir avec un peu plus de sérénité… certains ont déjà fait un chemin de foi solide, ils sont engagés dans des mouvements d’Eglise, des associations caritatives ou humanitaires. Ils ont fait des expériences de vie qui les ont fait grandir et mûrir… Et c’est à eux que les éducateurs salésiens ont à confier leurs camarades qui n’ont pas eu les mêmes chances, qui sont «différents» «pas comme les autres»… Rappelons-nous le Valdocco de Turin et Mornèse!
Dans nos maisons, dans nos quartiers et villages, et même dans nos familles, il y a aujourd’hui encore, côte à côte, des Michel Magon et des Dominique Savio… et des Laura Vicuna!
Tous ces jeunes qui peuplent nos «maisons», nos quartiers, nos villes, ces jeunes de nos familles ou bien les enfants de nos amis, n’ont-ils pas besoin de notre regard de confiance et d’espérance ? Quand nous les rencontrons, n’ont-ils pas besoin de sentir vibrer la fibre de notre cœur, n’ont-ils pas besoin d’être accueillis et écoutés tels qu’ils sont ?
2 – Dans un monde en mutation, le respect et la promotion de la personne humaine, dans toutes ses dimensions, nous permettent de collaborer à changer la société par l’éducation.
J. M. Petitclerc souligne la pertinence de la pédagogie salésienne surtout en temps de crise. Oui, notre société et, de ce fait même, la jeunesse est «en crise», c’est-à-dire en mutation… donc normalement en croissance.
Comment, en ces temps qui sont les nôtres, le dynamisme salésien peut-il ouvrir des portes nouvelles ?
Le charisme salésien s’ouvre sur trois dimensions prioritaires de la vie de la société et des jeunes, et ces trois lieux, qui interfèrent, aujourd’hui sont «en crise».
- l’école, la formation professionnelle, le travail.
- la famille
- la recherche du spirituel.
Nous pouvons rapprocher ces trois dimensions des trois piliers de la pédagogie salésienne qui se rejoignent d’une manière systémique:
- la raison
- l’ «amorevolezza»
- la religion
1. A l’école, dans la formation professionnelle, au travail, le jeune comme l’adulte a besoin de sa «raison» pour pouvoir grandir et accomplir sa tâche, en tant qu’enfant, adolescent ou jeune. C’est là qu’il a à découvrir le sens et le goût de l’effort, du travail bien accompli, de la responsabilité. C’est là qu’il a à croître en liberté, à développer ses capacités, à construire sa personnalité, à se préparer à une vie professionnelle, à faire l’apprentissage de l’amitié et de la vie sociale… C’est le temps de la rencontre avec l’autre et de l’apprentissage de la parole dite et échangée…
2. La famille est le berceau de la vie et de l’amour où l’on peut grandir ensemble chaque jour, elle est le creuset de l’amour reçu et donné. C’est là que l’enfant comme l’adulte fait l’expérience de la confiance, du partage, de la joie du don de soi, du courage devant les difficultés et les épreuves, du soutien mutuel, de la miséricorde et du pardon…
3. La «religion» c’est l’ouverture à la dimension spirituelle de tout être humain ; cette transcendance, cette recherche du bonheur gravé dans le coeur de tout être humain. C’est la quête de l’homme qui cherche un sens à sa vie. C’est la découverte de Dieu… C’est l’ouverture et l’accueil de la Bonne Nouvelle de Jésus qui nous dévoile l’amour du Père et nous apprend qu’ «il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime».
Essayons de visiter ces trois lieux prioritaires où le dynamisme salésien des anciens élèves trouve tout son épanouissement:
1. l’école – la formation professionnelle – le travail
De nombreux anciens élèves travaillent dans le monde de l’éducation, de la formation professionnelle et ils savent bien que notre société aujourd’hui est affrontée à deux grands maux : l’échec scolaire et le chômage qui engendrent des conséquences qui détruisent l’homme, la famille, la société.
N’y a-t-il pas tout un chantier de prévention à soutenir, à mettre en œuvre par les anciens élèves pour aider certains jeunes en difficulté, à trouver le goût de l’effort, le sens de la responsabilité et parvenir à la réussite ? Je me permets de noter quelques pistes:
- le soutien scolaire, le rattrapage… par de jeunes anciens étudiants ou des retraités qui s’engagent pour accompagner des jeunes en difficulté, dans les maisons salésiennes, dans les associations de quartier… ? Cela existe par-ci, par-là… Qu’a fait Don Bosco, dès les débuts de son œuvre ?
1850 «Au Refuge, puis à la maison Moretta, l’école du dimanche de façon stable, et une fois au Valdocco, l’école du soir, régulière…
Mais où trouver tant de maîtres alors que chaque jour il fallait ajouter de nouvelles classes?
Quand j’étais encore au Convitto St François d’Assise, j’eus parmi mes élèves Jean Coriasco, maintenant patron menuisier ; Vergnano Félix, maintenant négociant en passementerie: Delfino Paul. Ce dernier est maintenant professeur d’école technique. Au Refuge, j’eus Melanotte Antoine, maintenant droguiste, Melanotte Jean, pâtissier, Ferrero Félix, courtier ; Ferrero Pierre, typographe ; PIola Jean, menuisier, petit patron. Vinrent se joindre à eux Genta Louis, Mogna Victor et d’autres qui ne continuèrent cependant pas de façon stable ...
A ceux-ci se joignirent d’autres messieurs de Turin pieux et sérieux. MM. Gagliardi Joseph, quincaillier, Fino Joseph, de même profession, Titner Victor, orfèvre et d’autres qui furent fidèles. Des prêtres m’aidaient spécialement pour la célébration de la sainte messe, la prédication, les classes de catéchisme aux adultes. (Souvenirs autobiographiques p. 180-181)
- Des témoignages d’anciens élèves auprès des jeunes en difficulté sont aussi source d’espérance: Quand un ancien élève dit à des jeunes un peu découragés «Moi aussi, j’étais comme vous … aujourd’hui je suis…» il leur redonne espérance et confiance… Quand un ancien élève vient témoigner de sa profession, de son expérience de vie, il suscite chez les plus jeunes un désir de faire pareil… Nos jeunes ont besoin de témoins, de modèles… autres que les stars ou les héros de certains films de cinéma, de télévision ou de jeux vidéo. Le témoignage de la pédagogie de la réussite est le plus fort témoignage que les anciens peuvent donner aux jeunes générations.
- Des projets à mener ensemble où jeunes et moins jeunes peuvent s’unir pour réaliser une action culturelle, scientifique, sportive,…
- Des conseils pour l’orientation professionnelle des jeunes qui vont arriver sur le marché de l’emploi… Accompagner un jeune à la recherche d’un premier emploi c’est lui permettre de trouver un chemin d’espérance.
- Des accueils dans les entreprises. Ouvrir la porte aux jeunes même s’ils ne sont pas expérimentés… c’est leur ouvrir la porte de la confiance et de la réussite…Il faut bien commencer un jour sans expérience pour pouvoir devenir un homme, une femme d’expérience!
- Le travail existe en France, mais il manque des jeunes qualifiés surtout ceux issus de l’immigration… il y a des secteurs de l’économie française tels que le bâtiment, la restauration et l’hôtellerie, le monde sanitaire qui n’arrivent pas toujours à recruter.
«ce qui bloque l’accès aux métiers, c’est le blocage des mentalités sur les métiers» (J.M. Petitclerc) A nous adultes, qui travaillons dans divers secteurs de la vie sociale, en lien avec nos lycées professionnels et technologiques, ne revient-il pas la tâche de chercher et de favoriser de nouvelles voies d’accès pour de nouveaux métiers, de chercher avec les jeunes des secteurs où ils pourront trouver un avenir, en sortant de leurs cités, de leur enfermement. «L’enjeu de l’insertion, c’est de faire sortir en trouvant une place au travail dans la société» (J. M. Petitclerc)
- Une formation mais aussi une présence signifiante dans le monde de la communication sociale, dans les médias, là où circule l’information qui modèle la pensée de nos contemporains: journal, radio, télévision, réseau internet avec le blog, la page Web etc.
2 - la famille
Nous savons la valeur que Don Bosco a donnée à l’esprit de famille en tant qu’ambiance dans laquelle les jeunes peuvent être éduqués, surtout ceux qui n’ont pas fait l’expérience d’une vraie vie familiale. Chaque «œuvre» salésienne ne s’appelle-t-elle pas «maison» ? Vivre ensemble comme dans une famille où jeunes et adultes se témoignent de l’affection, s’épaulent, se soutiennent et grandissent ensemble est le but de la maison salésienne. Et nous en avons tous fait l’expérience, même si parfois notre mémoire fait surgir des événements ou des paroles que notre cœur doit pardonner.
Le P. Chavez, successeur de Don Bosco, dans son Etrenne ( La famille, berceau de la vie et de l’Amour) a lancé à la Famille salésienne, pour cette année 2006, le défi de «la famille» à vivre comme une mission.
Il affirme que «la famille est une architecture de Dieu et une architecture de l’homme… le sanctuaire de la vie, le lieu de l’annonce de l’évangile de la vie, l’école d’engagement social »
Et il donne une série d’applications pastorales et pédagogiques:
- un engagement spécial pour éduquer à l’amour.
- un accompagnement et un soutien des parents dans leurs responsabilités éducatives.
- le développement du style salésien de famille dans sa propre famille, dans la communauté éducative et pastorale.
- le développement de l’esprit et de l’expérience d’une Famille Salésienne au service des jeunes.
On pourrait ainsi noter la part que les anciens élèves prennent et peuvent prendre dans leur propre famille, dans leur lieu d’insertion sociale et professionnelle, en participant activement à des organismes qui aident les familles en difficulté, à des groupes de préparation au mariage, à l’accompagnement des couples en difficulté … pour vivre, faire vivre et transmettre:
- le respect de la vie
- les valeurs de l’amour, de l’amitié et de la fidélité
- le respect de la femme et de l’enfant
- l’ouverture et l’accueil de l’exclus, de celui qui n’a pas de famille: orphelins, immigrés, sans papier…
- la solidarité
- la joie et la fête
- la miséricorde et le pardon
en un mot l’esprit de famille comme Don Bosco l’a vécu et nous l’a transmis…
3. la religion
«Le chemin de Dieu passe toujours par le chemin de l’homme» répétait souvent Jean Paul II.
- Beaucoup de jeunes sont attirés par le social et l’humanitaire: partir… donner… découvrir… partager… s’enrichir… Nous remarquons combien une association de volontariat salésien en France ou à l’étranger, comme le VIDES, répond aux attentes des grands jeunes d’aujourd’hui. Les actions caritatives auprès des personnes âgées, des enfants malades, des SDF… trouvent du répondant chez beaucoup et ouvrent sur un chemin spirituel. Quand les jeunes s’affrontent à la souffrance et à la misère de tant d’hommes, de femmes et d’enfants, quand ils font l’expérience de l’amour gratuit, donné et reçu, ils sortent alors de leur société de consommation, de leur «tout, tout de suite», de leur monde factice du paraître ou de leur univers virtuel, et ils commencent à se poser les vraies questions de sens: sens de la vie, sens de Dieu.
- L’annonce explicite de l’Evangile. Si nous vivons avec le Seigneur, si nous puisons notre force dans sa Parole et dans ses sacrements, si Marie est présence vivante à nos côtés, si notre foi a grandi, si elle donne du sens et du relief à notre vie… en un mot, si Jésus Christ est celui qui nous fait vivre, nous ne pouvons taire cette Bonne Nouvelle de bonheur. Aider les jeunes à inventer leur vie avec Dieu qui nous appelle au bonheur, les aider à se poser la question de ce bonheur proposé par l’Evangile, fait partie de notre mission salésienne: Où serais-je le plus heureux et de ce fait, rendrais-je les autres plus heureux ?
· De nombreux anciens et anciennes élèves sont engagés dans la catéchèse, l’accueil de groupes de jeunes, le catéchuménat, la préparation aux sacrements, la pastorale de la famille, la préparation au mariage, la réflexion sur la vocation au sens large, le dialogue interreligieux… il y a de la place pour toutes les bonnes volontés !
· Et si nous ne pouvons plus «faire quelque chose» pour eux ou avec eux… regardons les jeunes avec le regard bienveillant de Dieu sur chacun de nous, sur chacun d’eux ; avec le regard de Don Bosco et de M. Dominique, relevons tout ce qu’il y a de positif, de beau, de bon, de vrai chez les jeunes… et prenons le temps de prier avec foi pour eux le Seigneur et Marie!
4 – Le projet de Don Bosco: préparer «d’honnêtes citoyens et de bons chrétiens» – la pédagogie du projet -
Pour réaliser son projet d’éducation, Don Bosco n’a pas eu peur de mettre en oeuvre son ingéniosité, son astuce, voire sa ruse.. ; il a fait appel à toutes les bonnes volontés, de tout bord et de tout âge, du ministre au petit ouvrier, du pape au garçon perdu dans la rue… il a osé taper à toutes les portes, traverser la France, tendre la main, prêcher et bénir, construire des églises et des maisons, lancer des tombolas, écrire des livres, organiser des rencontres, envoyer ses fils et ses filles au-delà des mers et des frontières, faire des guérisons… et il n’a cessé de prier le Seigneur pour qu’Il l’accompagne dans cette aventure un peu folle, avec un seul et unique but «éduquer et évangéliser les jeunes» - en faire d’ «honnêtes citoyens et de bons chrétiens» -
Notre projet en tant qu’ancien, ancienne élève de Don Bosco ne peut être différent de celui de notre fondateur. Aujourd’hui quel est notre projet pour permettre aux jeunes que nous rencontrons de devenir d’«honnêtes citoyens» et pourquoi pas de «bons chrétiens» ?
La pédagogie de projet fait partie de l’éducation salésienne… elle doit être aussi la pédagogie des anciens élèves. L’important c’est de se donner un but, de le formuler, de mettre en place des moyens simples, accessibles à tous… Oser avancer «à petits pas»
- Mieux connaître Don Bosco, M. Dominique, la famille salésienne… et développer le sens de l’appartenance au réseau salésien par des rencontres, des échanges, des voyages, pèlerinages, marches, temps de spiritualité...
- Savoir mobiliser ceux qui veulent donner un peu de leur temps, en leur proposant des projets, même très modestes, par exemple dans l’humanitaire, le social, le caritatif pour lutter contre l’exclusion, pour susciter la solidarité, le dialogue interreligieux ou interculturel, pour accompagner sur des chemins de foi…
- Rester en contact avec les équipes éducatives des maisons ou des paroisses salésiennes et participer à la vie, à la recherche, aux besoins des éducateurs et des jeunes, ( Festclip, Festibosco, MSJ…) les aider dans tout le champ immense de la pastorale.
- Utiliser tous les nouveaux moyens de communication sociale pour se rencontrer, pour agrandir et consolider le réseau salésien des anciens élèves et de la Famille Salésienne.
- Trouver des moyens pour lutter contre l’échec scolaire et aider les jeunes à s’insérer dans le monde du travail semble être une des urgences.
Et il suffit d’un leader, d’un promoteur qui en veuille et qui sache rallier une équipe, qui n’a pas peur de s’investir. Aujourd’hui le bénévolat retrouve ses lettres de créance. Le sens de la gratuité, chez certains, semble trouver sa place!
Avec Xavier Thévenot et J.M. Petitclerc, je reprendrai l’image du trépied de la pédagogie salésienne qui vaut aussi pour les anciens et anciennes élèves: une pédagogie de la confiance, une pédagogie de l’alliance, une pédagogie du projet.
1. Travailler dans une relation de confiance en famille salésienne. Compter les uns sur les autres, laïcs et religieux, religieuses. Ne pas pleurer sur le passé révolu… mais regarder l’avenir avec espérance et créativité, avec la même audace que nos fondateurs. Cultiver la joie de l’accueil et du partage. Vivre chacun en cohérence notre vocation de laïcs, de consacrés, de prêtres… en complémentarité. Nous avons besoin les uns les autres pour renforcer notre vocation personnelle.
2. Faire alliance en devenant partenaire de l’action éducative salésienne, se sentir partie prenante de la vie de la maison salésienne à laquelle nous nous référons.
3. Avoir l’audace de lancer ensemble des projets réalistes, sans rêve, ni utopie… Etre auprès des éducateurs salésiens d’aujourd’hui comme les anciens élèves du temps de Don Bosco… présents et actifs, selon nos aptitudes et nos moyens.
Oser nous mettre ensemble, unir nos forces et nos compétences. Oser témoigner et partager ce que nous vivons. Nous sommes parfois timorés, craintifs…: Pourquoi, par exemple, ne pas lancer un forum où les anciens et anciennes présenteraient leurs divers engagements, les associations où ils oeuvrent, leurs lieux de bénévolat etc. ? Il y aurait de quoi nous étonner et relancer notre dynamisme!
CONCLUSION: ETRE DES TEMOINS POUR TRANSMETTRE
«Le défi pour celui qui veut communiquer l’amour de la vie et l’espérance dans un avenir meilleur consiste à s’engager personnellement et constamment à croître en humanité et en authenticité, à toujours prendre le parti de la vie plutôt que d’entrer dans la culture de mort et oser se mettre au service des jeunes» (Lignes pour la pastorale des FMA – 2006)
Les ADB/S participent à la mission éducative des FMA/SDB. Ils possèdent en eux une force dynamique extraordinaire! L’Association d’Anciens et Anciennes Elèves est un véritable lieu d’humanisation et d’attention à la vie dans ce qu’elle a de sacré et d’inviolable. Elle peut être un mouvement d’opinion au cœur de la réalité socioculturelle par les moyens de communication sociale. Elle peut promouvoir le dialogue interculturel et interreligieux. (Lignes pour la pastorale des FMA – 2006)
En tant qu’ancien ou ancienne élève des salésiens ou des salésiennes, nous avons à être, chacun à notre place, DES TEMOINS:
Le témoin, c’est une personne qui a vu et entendu et qui peut attester, certifier.
Le témoin, c’est aussi l’élément qui sert de comparaison au cours d’une expérience: la lampe témoin.
Le témoin, c’est aussi le petit bâton que se passent les coureurs d’une même équipe dans une course de relais. Oui, nous avons à être
· des témoins de ce que nous avons reçu à travers l’héritage éducatif de Don Bosco et de M. Dominique…
· des témoins de ce que nous sommes devenus par notre travail, notre engagement, notre foi…
· des témoins pleins d’espérance, qui savent partager ce qu’ils ont reçu et ce qu’ils sont devenus pour que d’autres jeunes ou moins jeunes «aient la vie et l’aient en abondance»
des TEMOINS pour TRANSMETTRE…
En terminant, je voudrais tout simplement me tourner vers Marie.
MARIE – Don Bosco, à plusieurs reprises, affirme que Marie, Celle qui l’a guidé dans toute sa mission, prend sous sa protection chaque jeune qui entre dans une maison salésienne et ne l’abandonne jamais. Et chaque matin, salésiens et salésiennes ne prient-ils pas Marie pour les anciens et anciennes élèves ? C’est à Elle que nous confions le chemin des associations et de nos deux fédérations, comme celui de tous les anciens et anciennes élèves du monde entier. Don Bosco a dit à la fin de sa vie: «Faites confiance à Marie et vous verrez ce que sont les miracles»
Oui, il suffit d’y croire…. Et croire pour agir, pour changer la société par l’éducation, comme Don Bosco!
Aujourd’hui encore Don Bosco dit à chacun de nous «J’ai besoin de toi!»
Il suffit de croire, espérer et aimer pour continuer la merveilleuse aventure salésienne.
Caen, le 27mai 2006 - Sr Nadia AIDJIAN fma |